DEFINITIONS DE LA MUSIQUE SACREE

Le terme "Musique Sacrée" est souvent un terme générique qui englobe pêle-mêle tout ce qui se chante et se joue dans les églises. C'est certainement trop imprécis.

En fait l'Eglise Catholique Romaine a déjà formulé des définitions très précises.

Il faut commencer par faire une distinction entre le "chant" et la "musique". Pour l'Eglise, ne mérite le terme de "chant" que ce qui est chanté sans instrument. Ainsi l'Eglise ne reconnaît comme "chant sacré" que le chant grégorien et la polyphonie a cappella.

La constitution concilaire "Sacrosanctum concilium", dit "L'Eglise reconnaît dans le chant grégorien le chant propre de la liturgie romaine ; c'est donc lui qui, dans les actions liturgiques, toutes choses égales d'ailleurs, doit occuper la première place".

Pour le reste de la musique sacrée, des distinctions sont à faire.

L'instruction "De Musica Sacra", de 1958 dit : "Par «polyphonie sacrée» on entend le chant mesuré à plusieurs voix, et sans accompagnement d'instrument musical, qui, né des chœurs grégoriens, a commencé à être employé dans l'Eglise latine au moyen-âge. Son plus grand auteur fut, dans la seconde moitié du XVIe siècle, Giovanni Pierluigi da Palestrina (1525-1594), et il est encore cultivé par des maîtres remarquables de cet art. (...) Chacun sait que les nombreux chants polyphoniques, composés surtout au XVIe siècle, brillent par une telle pureté d'art et une telle richesse musicale qu'ils doivent être considérés comme dignes en tous points d'accompagner et pour ainsi dire de rehausser les rites sacrés de l'Eglise. (...)."

L'Eglise considère non seulement la voix pure comme la meilleure expression de prière que l'homme puisse adresser à Dieu, mais en plus elle promeut tout particulièrement une époque, et l'héritage qu'elle laisse, comme le sommet. Mais à la condition qu'aucun instrument ne s'y ajoute.

L'instruction place ensuite la musique avec instruments. Il n'y pas de précision de style et d'époque : "La «musique sacrée moderne» est la musique à plusieurs voix, n'excluant pas les instruments de musique, créée récemment en tenant compte des progrès de l'art de la musique. Etant directement destinée à un usage liturgique, il faut qu'on sente en elle la piété et le sens religieux, et c'est à cette condition qu'elle est acceptée dans la liturgie".

D'autres critères de discernement sont retenus par l'Eglise :

L'instruction De Musica Sacra dit : "La musique sacrée moderne peut également être admise dans toutes les actions liturgiques si elle répond vraiment à la dignité, à la gravité et à la sainteté de la liturgie, et qu'il y ait une schola qui puisse exécuter cette musique avec art". Pie X, dans son motu proprio "Tra le solecitudini" précise à propos des musiques liturgiques "l'on n'admettra dans l'église que celles qui ne contiennent rien de profane (...) et ne reproduisent pas, même dans leurs formes extérieures, l'allure des morceaux profanes. (...) Parmi les divers genres de musique moderne, il en est un qui semble moins propre à accompagner les fonctions du culte : c'est le style théâtral (...). Par sa nature même, il présente une opposition complète avec le chant grégorien, la polyphonie classique, [et donc] avec la règle capitale de toute bonne musique sacrée.".

Ce qui était vrai il y a 100 ans pour la musique "théâtrale" l'est donc également de la musique de variété, du rock, du jazz, etc. La musique qui n'est pas admise à l'église n'est pas seulement celle qui n'est pas écrite pour prier, c'est aussi celle qui est inefficace pour exprimer la prière. Elle ne doit pas reproduire "l'allure de morceaux profanes". Or, pourtant, ce n'est pas ce qui manque dans les paroisses françaises.

Pourraient ensuite venir les chants populaires de qualité moindre, mais très connus, et qui permettent aux grandes foules d'exprimer communément leur foi. Mais avant cette expression l'Eglise fait passer la musique d'orgue. C'est ce que précise De Musica Sacra : "La «musique sacrée pour orgue» est la musique composée uniquement pour l'orgue qui, depuis l'époque où l'orgue à tuyaux est devenu un instrument de musique adapté, fut abondamment cultivée par d'illustres maîtres, et qui, si l'on observe fidèlement les lois de la musique sacrée, peut grandement contribuer à rehausser la sainte liturgie".

Viennent donc ensuite les cantiques populaires, comme le précise De Musica Sacra : "Le «chant populaire religieux» est le chant né spontanément du sens religieux dont a été doté l'homme par son Créateur même et qui, par conséquent, est universel et fleurit parmi tous les peuples. (...) il est hautement recommandé également à notre époque pour réchauffer la piété des fidèles et rehausser les pieux exercices, ainsi que les actions liturgiques elles-mêmes, chaque fois qu'il peut y être admis."

L'instruction est claire : ce style de chant ne peut être prévu à la messe que si "il peut y être admis"; la prudence est donc de mise. Mais sur le terrain, on constate que c'est rarement le cas...

Notons au passage que si la seconde moitié du XXe s. a vu naître un répertoire d'une qualité particulièrement faible, il faut aussi ne pas oublier que la fin du XIXe s. et le début du XXe ont également connu un répertoire populaire d'assez mauvais goût.

Voici enfin la dernière catégorie, à nouveau précisée par De Musica Sacra : "La «musique religieuse», enfin, est celle qui, tant par l'intention de l'auteur que par le sujet et la fin de l'œuvre, vise à exprimer et à susciter des sentiments pieux et religieux, et par conséquent «aide grandement la religion» ; comme elle n'est pas ordonnée au culte divin et qu'elle revêt un caractère plus libre, elle n'est pas admise dans les actions liturgiques."

Voilà qui, pour l'homme du 3ème millénaire, sonne rudement ! La musique religieuse n'est pas admise dans la liturgie de la messe ni dans la liturgie des heures ! Pratiquement, la seule exception admise, et connue en France, est celle de la pièce d'orgue pour offertoire. Beaucoup de bons organistes ne craignent pas de placer ici des pièces profanes, qui procurent une atmosphère festive à la préparation de l'autel et à la quête. Pourquoi pas... Il faut aussi noter que les organistes qui peuvent jouer une sortie ne se privent pas de recourir à des compositions également profanes. Mais cela ne pose aucun problème pour la simple raison qu'à ce moment l'action liturgique est terminée.

La musique religieuse est donc faite pour être chantée en d'autres circonstances qu'à la messe et lors des offices. Même des oeuvres magistrales peuvent être concernées par ce "tri".

RECAPITULATIF

Styles prioritaires
1 - le chant grégorien. On doit prendre pour modèle le style bénédictin actuel, qui est le seul à être reconnu par le Vatican. Les reconstitutions très intéressantes et de grande qualité que publient quelques musicologues réputés, tels Marcel Péres ou Dominique Vellard, ne peuvent pas prendre de place dans la liturgie telles qu'elle sont, mais on peu s'inspirer de certains angles de vue pour revenir quelque peu vers le véritable plain chant des chantres anciens.

2 - la "polyphonie sacrée" a cappella. Les maîtres de la fin du XVIe s., puis ceux du XVIIe : Schütz, Palestrina, Victoria, etc, mais aussi tout le courant qu'ils inspirent depuis, et qui a encore dirigé des compositeurs jusqu'au XXe s., comme Casimiri.

Styles idoine
3 - la "musique sacrée moderne", avec instruments. Diverses périodes sont particulièrement plus fructueuses. Celles de Monteveri, Goudimel, Buxtehude, Bach, puis plus tard celle de Franck, Fauré et Vierne autour de 1900, puis peu après et jusqu'au lendemain de la seconde guerre mondiale, les Samson, Bovet, Carol, Berchten, Perosi, ou encore Bartolucci (né en 1917).

Dans le courant du XXe s. s'est levé une autre génération inventant une certaine pastorale de l'accessibilité, dont les ambitions musicales sont bien moins élevées. Parmi ceux-ci notons : Roucairol, Lesbordes, l'abbaye de Chambarrand, Gouzes, Hauguel, D. Julien, Lecot (intéressant jusqu'en 1980), Ombrie et pour une certaine part l'abbaye de Tamié.

4 - la "musique sacrée pour orgue". Toute les époques sont admissibles, car à priori l'orgue n'a suscité aucune oeuvre de bas de gamme, contrairement au chant. Evidemment, la fin du XVIe s., le XVIIe s. ainsi que la fin du XIXe s., sont ici aussi des époques sans équivalent.

Styles admissibles sous conditions
5 - le "chant populaire religieux". Plus enclins à exprimer la ferveur que la méditation, les cantiques populaires sont apparus aux alentours de 1900, et il faut dire que ce répertoire ne vaut quasiment rien. Concernant la liturgie on écartera les oeuvres de Moreau, Brydaine, Arifon ou Martineau, on fera de même avec les adaptations de Gounod, on sera prudent avec Lambillotte, ou encore Kunc qui a pourtant laissé l'excellent "Christus vincit" (devenu "hymne" de Radio Vatican). Aujourd'hui les chants qui sont utilisés dans la liturgie sont d'un niveau assez faible et se situent à la limite du répertoire pour soirée de prières. C'est le cas de compositeurs comme Berthier, Deiss, Jef, Gélineau (répertoire mitigé), Lecot (après 1980), Rozier, Akepsimas dans certains cas.

Les communautés nouvelles donnent dans l'ensemble une production très "diverse", comme le Chemin de Neuf ou l'Emmanuel, qui refusent avec une obstination injustifiée l'héritage culturel laissé par les siècles. A de rares exception - quelques chants d'adoration du Saint-Sacrement - il résulte de ce blocage corporatiste l'entretien d'une écriture saccadée et sautillante dont le moteur profond mériterait une expertise...

Styles inaptes à la liturgie
6 - la "musique religieuse". Cette catégorie englobe tout ce qui ne peut être chanté dans la liturgie de la messe ou des heures, sans aucune distinction de qualité, mais qui est à thème religieux. C'est le cas aussi bien du Messie de Haendel que des chansons pour feu de camp ! Aujourd'hui un grand nombre de compositeurs francophones écrivent des oeuvres qui entrent seulement dans le cadre de la "musique religieuse", et qui, à défaut de construction mélodique incitant à la méditation et à la prière, ne peuvent pas entrer dans la liturgie. Parmi les compositeurs concernés, notons : Colombier, Courrèges, Fau, Frié, Gianadda, Humenry, Kempf, Kita, les Klinger, Lebel, Wackenheim, Akepsimas pour ses premières oeuvres. Mais il y en a bien d'autres.
Notons pour l'anecdote que Noël Colombier lui-même expliquait, dans "Signes Musique" en 1994, que "Je crois en Dieu qui chante", dont il est l'auteur, n'avait rien à faire à la messe à la place du Credo. C'est bien l'auteur qui le dit !

Notons enfin que les textes magistériels n'ont pas empêché les éditions Bayard/Centurion publier, en 1995, un recueil intitulé "Messe et Chants" truffé de faux psaumes, faux kyrie, faux gloria, faux credo, etc. Un éditeur qui ne sait pas lire ! N'est-ce pas une chose étonnante ? Ne peut-on pas parler ici de provocation ? Il va bien falloir un jour que nos évêques se penchent un peu sur ces gens-là, qui entretiennent une "Eglise dans l'Eglise" !!!