Aller au contenu

1.15 « Messe chantée » ou « messe lue » ?

  • CLP 

Note du webmaster :

Normalement la messe est « chantée » ou « lue » (autrefois : « messe basse »). De nos jours, dans la forme ordinaire, on constate que toutes les messes sont partiellement chantées et partiellement lues. Cela provient d’abord de la disparition du chant du propre de la messe, conséquence de l’absence de répertoire alternatif au chant grégorien.

Mais déjà, bien avant la Réforme de la liturgie, on adoptait deux pratiques intermédiaires :

– la « messe basse avec orgue » :  il s’agissait d’une messe lue, sans aucune participation des fidèles (seuls les deux acolytes répondaient au prêtre), l’orgue intervenant quasiment tout le temps, excepté lors des lectures. Ce type de célébration est devenu très courant à partir du XVIIe s., en témoignent les « messes » pour orgue de Couperin, Clérambault, Marchand, etc., qui ne laissent aucune place aux fidèles, même pour l’ordinaire de la messe. Au début du XXe s. des évêques ont commencé à attaquer cette pratique. La réforme liturgique l’a fait disparaître, mais de nos jours quelques milieux traditionalistes sont encore tentés par cette solution, quitte à jouer même pendant l’élévation (certainement très rare, mais vu après 2010, l’organiste étant prêtre !), chose qu’aucun liturgiste sérieux ne peut admettre.

– la « messe basse avec chants » : il s’agit également d’une messe lue, intégralement ou partiellement, mais à laquelle on ajoute des chants, qu’il s’agisse de l’ordinaire et/ou de cantiques. 

Aucune de ces deux pratiques n’est prévue par le Missel. Mais la « messe lue avec chants » est aujourd’hui répandue partout, dans les deux formes du rite romain : les messes de paroisse suivent ce principe aussi bien le dimanche qu’en semaine, car on n’y trouve jamais de messe intégralement chantée, ni intégralement lue, mais plutôt un stade intermédiaire à géométrie variable (en fonction des capacités des intervenants). Les milieux traditionalistes, en revanche, offrent trois types de célébration : la véritable messe lue, la messe lue avec chants dont il est question, mais aussi, les dimanches et fêtes, la messe solennelle chantée (même s’il n’est pas rare que la lecture et l’Evangile soit simplement lus, alors que l’authentique messe chantée implique qu’elle le soit intégralement (excepté les paroles de la consécration).

Toujours est-il que, dans les paroisses diocésaines, la messe n’est jamais « lue » ni « chantée », au sens où elle devrait l’être intégralement.  Cet état de confusion est regrettable, mais il est la conséquence logique du Missel actuel, qui n’a été réalisé que pour la messe lue – type de célébration normalement admise uniquement hors des dimanches et fêtes – ce qui laisse penser qu’il faut chanter autant que possible quel que soit le degré de solennité de la messe, et ainsi les repères liturgiques, sur cette question, sont-ils perdus.

Aujourd’hui, selon la forme ordinaire, il ne reste qu’une solution pour déterminer si une messe est chantée, c’est d’appliquer le critère qui vient de la pratique léguée, à savoir qu’une messe avec encensement est une messe solennelle chantée (ce qui implique aussi qu’au minimum tous les dialogues et l’ordinaire sont chantés). Pourquoi ? Parce que dans l’usage de référence de la messe chantée, l’antienne d’entrée dure à peu près le temps de l’encensement de l’autel, et identiquement pour l’offertoire.
Sauf que :

– l’encensement de l’autel à l’entrée est facultatif, tandis que, factuellement, l’antienne d’entrée n’est jamais chantée (car on ne sait pas le faire hors du répertoire grégorien)
– l’encensement des offrandes et de l’autel est souvent réduit à peu de chose, tandis que l’antienne d’offertoire a carrément disparu du Missel (!) puisqu’il est prévu seulement pour la messe lue.

Ces deux repères étant absents de la pratique courante, on a perdu de vue que le chant du propre, à l’entrée et à l’offertoire, est couplé à l’encensement. Pourtant, c’est bien le cas. Il faut donc réajuster le repère : si on encense durant la messe, alors il faut pratiquer l’encensement complet afin de retrouver le rythme fondamental de la liturgie à ces moments. Ce qui ne va pas sans poser une difficulté, car à défaut d’antienne d’entrée chantée (répertoire grégorien) on ne sait pas trop quoi chanter à ce moment si on a déjà chanté le chant d’entrée pendant l’arrivée du cortège. C’est là qu’on voit la nécessité de mettre de l’orgue à ce moment : le chant d’entrée trouve alors sa place pendant l’encensement de l’autel, exactement comme on le fait avec l’antienne grégorienne (à cause de l’aspersion qui précède, le dimanche, mais c’est un autre sujet !).

En faisant l’effort de chanter tout ce qui peut l’être, afin de retrouver la vraie « messe chantée », le vrai rythme de la liturgie de la messe solennelle chantée apparaît et l’on peut alors retrouver, par effet de contraste, le vrai rythme de la messe lue en semaine. Cela demande certainement un effort d’adaptation et de compréhension, mais, une fois fait, le bénéfice est réel dans le grand rythme de la vie liturgique paroissiale.