R.P. Séraphin Berchten

Né à Bâle en 1888, Walter Berchten fut tout d’abord un enfant de chœur opiniâtre qui se levait à 5h30 en semaine pour aller servir la messe avant d’aller à l’école. Il révéla rapidement des talents de chanteur dans le cadre paroissial, et à 12 ans désira devenir prêtre.

A 18 ans il entra au Collège Séraphique de Fribourg et fit sa profession monastique à San-Remo en 1916, prenant le nom de Frère Séraphin. A 25 ans il fut ordonné prêtre à Fribourg, et devint le Révérend Père Séraphin Berchten.

En 1922 il est nommé professeur au Collège Séraphique de Brive-la-Gaillarde (Ecole Saint-Antoine). En 1927 le Définitoire provincial le jugea extrêmement doué pour la musique, et l’envoya se perfectionner à Rome, à l’Institut Ponfitical de Musique Sacrée, où il eut des professeurs tels que Mgr Licino Refice, ou Mgr Raffaele Casimiri alors Maître de la Chapelle Sixtine.

Après un bref séjour à Pau il devint vicaire à la paroisse Notre-Dame-des-Anges à Bordeaux. En 1933 il crée un chœur d’adulte ainsi que les Petits Chanteurs Antoniens. En 1938 les franciscains aménagèrent un foyer pour les petits chanteurs, qui furent alors constitués en authentique maîtrise.

Mais la seconde guerre mondiale obligea le Père Berchten a rentrer dans son pays natal. Il fut alors nommé Délégué Général des Franciscains suisses, et ne put revenir à Bordeaux qu’en 1947. Cependant, on sait que le Père Berchten avait effectué, au moins une fois, en 1943, un trajet en voiture jusqu’à Bordeaux. L’habit franciscain et la langue allemande (il était suisse allémanique) lui permirent d’éviter tous les contrôles, tandis que la voiture était pleine de victuailles et de spécialités suisses…

A son retour de Suisse, le Père Berchten constate que l’ambiance du couvent a changé. De nouvelles idées ont cours, et dès 1948 il n’est plus vicaire. Le déclin du couvent est entamé. Vingt ans plus tard il n’en restera plus rien !

En 1949 les Petits Chanteurs Antoniens participent au premier congrés international de la Fédération des Petits Chanteurs à Rome, qui rassembla 3000 membres. A la fin de la messe, le pape Pie XII (qu’on distingue ci-dessus, contre le pilier), impressionné, rompit avec le protocole et vint se mêler aux petits chanteurs pour savoir comment on peut diriger un chœur aussi nombreux. Encore de nos jours, certains anciens gardent un souvenir extraordinaire de ce moment.

A partir de cette époque les Petits Chanteurs Antoniens vont de succès en succès. Ils enchaînent les tournées, la plupart du temps à l’étranger. Ils se font remarquer en participant, au Grand-Théâtre de Bordeaux, quatre fois à “Parsifal” de Wagner et deux fois à “Jeanne au bûcher” d’Honegger.

Le Père Berchten est un des piliers de la Fédération Française des Petits Chanteurs, et à ce titre organise des congrès régionaux à Bordeaux. En 1953 ils sont plus de 500 à l’église Notre-Dame de Bordeaux. Au congrès suivant ils sont 700 dans le chœur de la cathédrale de Bordeaux.

Les Petits Chanteurs Antoniens sont dans leur âge d’or. Des compositeurs tels que Palestrina, M.-R. de Lalande, du Caurroy, Vittoria, de Lassus et van Berchem leurs sont familiers. Mais ils participent aussi à des événements tels que le départ des Terres-Neuvas aux bassins à flot de Bordeaux-Nord.

Le Père Berchten fait désormais autorité en France et à l’étranger, tandis que son couvent cherche à le marginaliser. En 1957 il n’y est plus rattaché, mais continue à diriger la chorale paroissiale et les petits chanteurs. En 1960 il est contraint, cette fois, de quitter sa communauté.

Mgr Richaud, archevêque de Bordeaux, lui propose le poste de Maître de Chapelle de la Cathédrale. Il refuse, et installe ses petits chanteurs à l’église Notre-Dame, rue Mably. Mgr Richaud réitère sa proposition en 1964, et le Père Berchten accepte. La notoriété des Petits Chanteurs Antoniens est telle que c’est eux qui “absorbent” la Maîtrise de la Cathédrale, et non l’inverse !

Ci-contre, à la Cathédrale, le Père Berchten dirige le chant à l’entrée du chœur, lors d’une ordination épiscopale.

Il est logé dans un petit appartement, pourvu cependant d’un jardin dans lequel il fait construire une salle de classe en préfabriqué.

En 1967 il se lance dans se lance dans la publication trimestrielle des “Feuilles documentaires de Musique Sacrée” afin de lutter contre les interprétations erronées des décisions conciliaires et se faire l’ardent défenseur de la vraie musique sacrée. Ces bulletins furent appréciées jusqu’en-dehors de nos frontières.

En 1969 la Nonciature le proposa au poste de Directeur de l’Institut Pontifical de Musique Sacrée. Mais le Père Berchten refusa, sans doute conscient qu’une fois parti, ses petits chanteurs et son chœur d’adultes seraient dispersés.

Le 11 novembre 1971, lors d’une messe avec orchestre, ce dernier couvrit les chœurs par sa puissance, et le Père Berchten s’emporta… pris de malaise, il dut s’allonger à la sacristie, victime d’un infarctus. Il mourut le 25 novembre, âgé de 74 ans.

Il laisse un répertoire de près de 80 pièces, l’une des plus emblématique de son œuvre étant l’Ave Maria ci-dessous.

Ave Maria du Père Berchten, à 3 voix SAT. Dir. Alain Cassagnau.

Vous pouvez vous procurer via le présent site les Feuilles Documentaires sur la musique sacrée du Père Berchten ainsi que sa Biographie.